Les fêtes de Pâques monothéistes

Bien qu'émanant toutes de la même source, de la suprême sagesse de l'Ancêtre Abraham, les trois religions dites du "Livre" ne sont pas pour autant semblables, loin s'en faut. Ainsi, deux différences fondamentales séparent le christianisme du judaïsme et de l'islam.

Pour les chrétiens existe une Trinité où siègent le Créateur, le Sauveur et le Saint-Esprit. Et le Sauveur, Jésus-Christ, s'est incarné pour racheter le péché originel. Son retour, lors de la parousia, marquera le jour du Jugement dernier.

Le judaïsme et l'islam, à l'inverse, n'admettent pas l'incarnation, Dieu étant considéré comme d'une essence inexorablement divine.

Une sourate capitale du Coran, péremptoire en sa source révélée, édicte en effet qu'Allah est Unique et que seul Mahomet est son prophète.

Les juifs considèrent de même Yahveh comme absolument solitaire en puissance.

 

Cette similitude des postulats spirituels entre le judaïsme et l'islam permit de nombreuses symbioses intellectuelles entre les deux religions, des symbioses également favorisées par le fait qu'avant la naissance de l'Etat d'Israël, les juifs en diaspora éclatée ne représentaient aucune menace armée alors que le christianisme disposait d'une multitude de guerriers au Nord de la Méditerranée.

 

Rien d'étonnant dès lors à ce que "les" Pâques soient différenciées pour ces trois religions.

Traitons cependant ensemble les fêtes juive et chrétienne car elles sont issues d'une évolution fort liée même si elles diffèrent en leur finalité. En effet, la Pâque fut une fête juive avant de devenir une célébration essentielle du christianisme, issu d'ailleurs du judaïsme. La fête commémore un événement rapporté dans "l'Exode": parmi les Dix Plaies frappant l'Egypte, il s'agit de celle où Yahveh décida de punir toutes les familles idolâtres qui préféraient servir les dieux d'Egypte et de n'épargner que celles obéissant à ses ordres. Le signe de l'obéissance consistait à répandre sur la porte de la maison le sang d'une bête sacrifiée. L'ange chargé de tuer tous les premiers nés égyptiens "sauterait" ("Pâque" vient du grec "paskna" qui signifie "passer par-dessus") alors cette habitation sans se courroucer ni châtier. Le judaïsme se souvient de cet événement en consommant chaque année de l'agneau pascal, dont la vue du sang assure la protection divine.

Cette "Pessah" juive est une fête de 7 jours en Israël (8 jours hors de la Terre sainte), débutant cette année le 29 mars. Et elle marque également l'exode du peuple juif d'Egypte se libérant du joug pharaonique afin de pouvoir suivre librement, sans censure, les prescriptions de son Dieu remises à Moïse sur le mont Sinaï. Le pharaon, accablé par la colère de Yahveh, avait permis ce départ, et, durant cette expédition, les heureux exilés pressés de s'enfuir durent manger du pain non levé, ce qui explique la tradition de consommation de pain azyme en cette période.

 

La transmission au christianisme fut aisée, car le Christ est considéré comme l'Agneau pascal dont le sacrifice réconcilie l'humain avec le Divin. Le sang versé lors du sacrifice de la Croix préserve le chrétien des châtiments du péché originel. Célébration multiple portant sur le miracle eucharistique, la crucifixion, la Rédemption, à savoir le passage de la mort à une vie transfigurée par l'espérance.

 

La fête de Pâques est mobile, car les Evangiles précisent que c'est durant la Pâque juive qu'a eu lieu la Résurrection. Le Carême débute 40 jours avant, l'Ascension, 40 jours après et la Pentecôte 50 jours après.

Quant à la "Pâque orthodoxe" célébrée par les Eglises orientales, elle s'effectue à une autre date que celle de l'Eglise romaine.

 

Venons-en à l'islam.

 

L'Aïd el-Adha est célébré le 12e mois du calendrier lunaire musulman. Il s'agit, comme pour le judaïsme, d'une fête du printemps, avec offrande de produits laitiers et de jeunes animaux. Le sacrifice de ces derniers commémore évidemment le sacrifice du fils "préféré" d'Abraham, en l'occurrence pour les musulmans Ismaël et non Isaac.

"Adha" signifie tout à la fois "grand jour" et "victime immolée", qu'elle soit un mouton traditionnel, un bœuf ou même un chameau tué selon les règles de pureté rigoureuses qui figurent dans le livre du "Lévitique".

A souligner que l'Aïd el-Adha se déroule 28 jours après le début du pèlerinage à La Mecque et en marque d'ailleurs la clôture.

 

Après avoir analysé la grande fête chrétienne de la Résurrection, pourquoi ne pas s'intéresser à celle qui commémore l'incarnation du Sauveur, à savoir la fête de Noël? En ne nous concentrant cette fois que sur le christianisme qui, seul, accorde un statut divin à la naissance de Jésus. A vrai dire, ce n'est qu'en 330, 5 ans après la tenue du concile de Nicée, qui proclamait la divinité du Christ, consubstantielle à celle du Père, que la commémoration de la naissance fut fixée le 25 décembre. Les Eglises d'Orient attendirent le VIe siècle pour adopter elles aussi cette date convenue.

 

Pourquoi le 25 décembre?

Arius, prêtre à Alexandrie, avait nié l'unité et la consubstantialité de la Trinité, et, dès lors, l'essence divine de Jésus! Pour lui, le Père est éternel car non engendré et, partant, le Fils engendré ne peut donc être éternel et n'est qu'une "créature" de Dieu.

Réaction que l'on devine impérative du concile de Nicée de 325. Et, grâce à Clovis, allié de Rome pour des motifs à vrai dire fort intéressés, éradication de l'arianisme présent chez les autres peuples "barbares". Les Francs défirent en effet les armées des Wisigoths, des Ostrogoths, des Vandales et autres Alamans.

Mais, cette victoire acquise, il devint capital pour l'Eglise de marquer l'essence divine de Jésus dès sa naissance et non plus lors de son baptême par Jean-Baptiste, effectué à l'âge adulte. Très habilement, fut choisie la date de la fête de Mithra, le 25 décembre, le moment où renaît "le soleil invaincu" du paganisme adopté par une grande part de l'armée romaine ayant suivi la thèse de l'empereur Julien l'Apostat. Laquelle armée romaine confondit bientôt les deux révélations.

Or, Saül de Tarse, l'un des assassins du chrétien Etienne à Jérusalem, devenu saint Paul après sa conversion, avait réussi à imposer au monde judaïque qu'un non-juif puisse devenir chrétien sans passer par l'antichambre de l'observance de la Loi. Ainsi, en 50 de notre ère, l'apôtre Pierre put baptiser à Césarée le premier chrétien non juif, le centurion romain Corneille. La route était ainsi ouverte pour la conquête spirituelle de Rome, une conquête excellemment confortée par la décision conciliaire de choisir le 25 décembre comme date de la venue sur terre d'un Jésus né divin.