Le Vintage

« Le Vintage, plus qu’un phénomène, c’est un art de vivre »
Mode, mobilier, accessoires, fripe, on garde tout, surtout ! Puisqu’ il est maintenant établit que la mode est un éternel recommencement, le Vintage est un phénomène en constante progression et même à la pointe du futurisme.Longtemps réservé à quelques initiés, le Vintage, qui désignait dans un premier temps les vêtements anciens de créateurs prestigieux, s’étend à tout depuis les années 90.

Le marché en vogue est particulièrement spéculatif aux Etats-Unis mais de plus en plus florissant et tendance en Europe. En quelques questions, petit précis à l’attention de ceux qui désirent faire du neuf avec du vieux ….

Que signifie le mot « Vintage » ?


D’origine anglaise, ce mot a d’abord servi à qualifier un millésime ancien de référence pour des spiritueux ou des vins, comme le porto. Par extension, il s’est appliqué à des vêtements, des accessoires de mode anciens, des voitures de collection, des photographies et du mobilier design, de l’après-guerre jusqu’aux années 80.
Côté mode, le Vintage bien compris ne doit jamais être porté des pieds à la tête comme un costume d’époque mais impose la coordination subtile d’un mélange de styles, pour n’en créer finalement qu’un seul : le sien. Ceci est vrai également côté décoration.

Pourquoi une telle frénésie ?
mode_deco-vintage-americainDepuis toujours, chiner aux puces est un concept à la mode. Selon Katy Rodriguez, du magasin « Résurrection », à Los Angeles, ce sont les top models tels que Naomi Campbell et Kate Moss qui ont largement ouvert à la voie dans les années 90, en portant des vêtements vintage lors d’événements people. C’est en 2001 que le phénomène a véritablement explosé, avec l’apparition de Julia Roberts à la cérémonie des Oscars, portant une robe Valentino millésimée 1992. L’événement a jeté un premier pavé dans la mare du luxe et donné le coup d’envoi d’une véritable folie. Rapidement toutes les stars s’y sont mises : Demi Moore, Nicole Kidman, Sarah Jessica Parker ou Jennifer Lopez arborant une robe Valentino de 1967 précédemment vue sur Jackie Kennedy.
Le Vintage ne concerne-t-il que des marques de luxe ?
Pas seulement, comme en témoigne l’aventure des jeans Levi’s. Au début des années 1970, la marque décide de modifier sa fameuse étiquette (tab) cousue sur la poche arrière droite, ramenant le graphisme du « e » de Levi’s de majuscule à minuscule. Un détail pour le grand public, une révolution pour les aficionados, qui baptisent « Big E » les 501 antérieurs à 1971. Ce sera la première datation officielle d’un vêtement n’étant pas issu de la couture et du luxe.

Et côté design ?

Après la mode, le Vintage s’est emparé de l’univers de la décoration selon les mêmes principes. Il fut « réveillé » voilà déjà vingt ans par les marchands éclairés des puces de Clignancourt et les galeristes visionnaires de Paris, Milan, Londres et Copenhague, titillant l’intérêt des collectionneurs. Et quand on entend parler de « meubles Vintage », ces propos sont souvent accompagnés de noms de designers connus tels que Le Corbusier ou Panton.
Pourtant, ici aussi, Vintage ne rime plus forcément avec marque. Cela signifie juste que la pièce n’est ni une antiquité ni du mobilier contemporain et il n’est pas rare de trouver des meubles Vintage non signés pour des prix inférieurs à ceux qu’on peut trouver dans des grandes chaînes de magasins.


mode_vespa-50La folie touche-t-elle d’autres secteurs ?

Tous les secteurs du design sont concernés. Les premiers téléphones portables Motorola StarTac sont désormais très prisés, tout comme les premiers Walkman Sony, les téléviseurs italiens Brionvega et les chaines hi-fi BeoSound de Bang & Olufsen, cette marque organisant elle-même son propre circuit auprès des galeries spécialisées dans le Vintage années 70. Et, tout comme le vêtement Vintage doit être porté pour mériter son rang, le design doit s’intégrer au logis pour s’adapter à la déco d’aujourd’hui.
Vintage et licencing ?
Pour répondre aux désirs nostalgiques des consommateurs, certaines enseignes textiles ont trouvés le bon filon : le « licencing ». La mode reprend tout simplement les succès de certains thèmes des années 60, 70, 80, qui créent une vague de nostalgie sur laquelle surfe le phénomène Vintage.
Ainsi, les boutiques sont aujourd’hui envahies par des t-shirts avec des imprimés d’anciennes bandes dessinées : snoopy, les schtroumpfs ou encore certains mangas. Les Beattles et autres mythes n’échappent pas l’effet de mode.
En plus de ces licences, le Vintage est amplifié par des traitements de textiles qui leur donnent un style artificiellement usé et vieilli.
Le Vintage représente donc aujourd’hui un jalon de mémoire. Tous ces objets et accessoires s’inscrivent dans l’histoire comme les maillons d’une longue chaîne affective, au même titre que les meubles hérités de nos grands-parents. En fait, le Vintage est l’exemple parfait du recyclage, quoi de plus « responsable » à l’époque actuelle. On lui souhaite donc un « développement durable » tout en continuant de chiner ….


BONNES ADRESSES :

MODE :
Oxfam Vintage
104, Rue de Flandre
1000 Bruxelles
www.oxfamsol.be


MOBILIER ET ACCESSOIRES :

Fiftie Fiftie
156, Kloosterstraat
2000 Anvers
www.fiftie-fiftie.be


LECTURE :

« Vintage America » Patricia De GOROSTARZU – éditions Albin Michel (oct 2010)


Près de 200 photographies de l’Amérique d’aujourd’hui, un road-trip qui nous emmène de New York à la Californie, en passant par le Sud, Chicago, l’Arizona, le Nouveau-Mexique, le Texas, le Nebraska, le Montana ou le Colorado. Une Amérique éternelle, celle d’Edward Hopper et de John Ford, celle de Wim Wenders et de Gus Van Sant.
Pour accompagner son travail photographique, Patricia de Gorostarzu a choisi les nouvelles de cinq jeunes auteurs américains, qui entrent en résonance particulière avec ses tirages. Scott Wolven, Dan Chaon, Brady Udall, Benjamin Percy, et Richard Lange. La littérature et la photographie réunies donnent une dimension particulière à cette Amérique que Patricia de Gorostarzu saisit à merveille.
“Gorostarzu ne fétichise pas l’Amérique profonde et ne fuit pas dans les icônes du passé, la fluidité de la route nous suggère qu’il s’agit d’un simple passage, d’un état transitoire où le passé et le présent opèrent énigmatiquement.” (Le Monde)